La prise de décision est une compétence vitale. Les dirigeants, les managers et même les employés sont constamment confrontés à des situations qui nécessitent un jugement rapide et précis. Cependant, bien que nous ayons tendance à croire que nos décisions sont prises sur la base d’une analyse objective, la réalité est que nos jugements sont souvent faussés par un ensemble de biais cognitifs. Ces biais sont des déviations par rapport à la pensée normale ou rationnelle, qui peuvent conduire à des perceptions, des évaluations ou des décisions biaisées. Ainsi, une meilleure compréhension des biais cognitifs peut être une véritable bouée de sauvetage pour ceux qui cherchent à naviguer avec succès dans les eaux parfois troubles de la prise de décision professionnelle.  

Qu’est-ce qu’un biais cognitif ?

Un biais cognitif, au cœur de notre psychologie, est une erreur de jugement systématique que nous faisons lors du traitement des informations. Il découle souvent de notre cerveau tentant de simplifier l’information pour l’assimiler plus rapidement. Ces raccourcis mentaux, bien qu’utiles dans certaines situations, peuvent mener à des conclusions inexactes. Pourtant, ils sont si profondément ancrés en nous que nous ne nous rendons généralement pas compte de leur présence, sauf si nous y sommes particulièrement attentifs.  

Pourquoi avons-nous des biais cognitifs ?

L’évolution a façonné notre cerveau pour qu’il privilégie la survie plutôt que la précision. Nos ancêtres devaient réagir rapidement à des menaces, et prendre des décisions en une fraction de seconde. C’est dans ce contexte que des biais comme le biais de confirmation ont vu le jour. Il a permis à nos ancêtres de filtrer rapidement des informations en validant ce qu’ils croyaient déjà savoir, plutôt que d’analyser chaque nouvelle donnée à partir de zéro.

Un exemple concret de ceci est lorsque nous achetons une nouvelle voiture et soudainement, nous commençons à la voir partout. Tout le monde n’a pas soudainement décidé d’acheter le même modèle de voiture, mais plutôt que notre cerveau est maintenant prédisposé à le remarquer.

Quels sont les différents types de biais cognitifs ?

Biais de perception

  • Biais de confirmation : C’est probablement le biais le plus largement reconnu. Il s’agit de notre propension à chercher et à accorder plus d’importance aux informations qui confirment nos croyances existantes. Par exemple, si vous pensez que votre employé est inefficace, vous pourriez inconsciemment chercher des preuves qui étayent cette croyance, tout en ignorant les preuves du contraire. 
  • Biais d’ancrage : Il se manifeste lorsque nous accordons trop d’importance à la première information que nous recevons sur un sujet. Par exemple, si lors d’une négociation, la première offre est fixée à 1000€, cette somme deviendra un « ancre » qui influencera les offres suivantes. 
  • Biais de disponibilité : Nous avons tendance à baser nos décisions sur des informations immédiatement disponibles, souvent à cause de souvenirs récents ou d’événements marquants. Après avoir entendu parler d’un accident d’avion, par exemple, les gens peuvent temporairement être plus réticents à voler, même si statistiquement, voler est très sûr. 

Biais d’action

  • Biais de statu quo : Il s’agit d’une résistance au changement, où nous avons tendance à préférer que les choses restent telles qu’elles sont. Cela peut freiner l’innovation et rendre difficile l’adoption de nouvelles stratégies ou technologies. 
  • Biais d’autocomplaisance : C’est la tendance à attribuer nos succès à nos compétences et talents personnels, mais à blâmer nos échecs sur des facteurs extérieurs. Cette distorsion peut empêcher l’apprentissage et le développement personnel. 
  • Biais d’optimisme : Il se manifeste lorsque nous croyons que nos chances de succès dans une entreprise ou de rencontrer un événement positif sont plus élevées que ne le suggèrent les preuves réelles. 

Biais de mémoire

  • Biais de rétrospection : Après qu’un événement ait eu lieu, nous avons tendance à croire que nous aurions pu le prévoir ou l’anticiper. Cela peut entraver l’apprentissage à partir de situations inattendues. 
  •  Biais d’auto-référence : Nous nous souvenons mieux des informations lorsque nous les relions à nous-mêmes. C’est pourquoi les histoires ou les exemples personnels sont si mémorables lors de présentations ou de formations. 
  •  Effet de halo : Lorsque nous avons une impression globale positive ou négative d’une personne, nous avons tendance à attribuer à cette personne des qualités en cohérence avec cette impression, même si elles ne sont pas justifiées. 

Quels sont les biais les plus souvent constatés en situation de leadership ?

Les dirigeants, de par leur position, sont souvent soumis à de fortes pressions décisionnelles. Cela peut amplifier certains biais. Les biais les plus courants en leadership incluent le biais de confirmation, où le leader peut ne chercher que des informations confirmant sa vision préalable. Le biais de surconfiance peut amener les dirigeants à surestimer leurs capacités ou leur influence. Le biais d’optimisme, similaire au biais de surconfiance, peut conduire à des prévisions trop positives. L’effet de halo peut conduire à de mauvaises évaluations des employés basées sur une seule qualité ou caractéristique. Enfin, le biais de statu quo peut freiner l’innovation en préférant conserver les méthodes actuelles. 

biais cognitif

Quelles stratégies est efficace pour surmonter les biais cognitifs ?

Technique de prise de conscience

La première étape pour combattre les biais est de les reconnaître. L’auto-réflexion et la journalisation peuvent aider à identifier les motifs derrière nos décisions. En demandant régulièrement des feedbacks d’autrui, nous pouvons confronter notre perception à celle des autres et détecter des incohérences. Pratiquer la “pensée lente” est une technique recommandée par le lauréat du prix Nobel, Daniel Kahneman. Elle consiste à prendre consciemment une pause avant de prendre une décision, permettant ainsi une évaluation plus approfondie. 

Stratégies pour minimiser les biais

La recherche active des preuves contradictoires est essentielle pour combattre le biais de confirmation. Cela signifie activement chercher des preuves qui contredisent notre point de vue. L’utilisation de checklists et de processus décisionnels offre une structure qui peut éviter de sauter des étapes cruciales dans la prise de décision. 

Techniques pour lutter contre les biais spécifiques

  • Biais de confirmation : utiliser des données et des statistiques objectives pour contrer les croyances personnelles. 
  • Biais d’ancrage : réévaluer les informations en se basant sur diverses sources. 
  • Biais d’optimisme : nous entraîner à évaluer les situations de manière probabiliste. 

Résumé

Ces biais cognitifs, bien qu’enracinés dans notre psychologie, ne sont pas insurmontables. Avec une prise de conscience, une éducation continue et une volonté de se confronter régulièrement à des points de vue contradictoires, nous pouvons prendre des décisions plus objectives et équilibrées, conduisant à un leadership et à une gestion plus efficace.